15 févr. 2018

La formulation des évidences

Lu dans le Canard Enchaîné, daté du 14 février, cette brève qui montre bien comment une même évidence, "statistique et sociale" comme dit le Canard, peut se traduire différemment selon l'orientation des journaux. Alors que L'Humanité écrit, à partir d'une enquête INSEE  : "les riches vivent treize ans de plus que les pauvres", le Figaro titre "les plus aisés ont une meilleure espérance de vie". Tout scandale est effacé dans la seconde formulation : on n'a affaire qu' au terme d'un continuum social ("les plus aisés") et non plus un clivage (les pauvres vs les riches); la précision sinistre du différenciel de durée de vie est occultée ("treize ans") au profit d'une expression moins inquiétante (le fait que les plus aisés qui ont "une meilleure espérance de vie"). Peut peut-être fournir un  bon exemple  à proposer à ceux qui pensent encore que la dénomination et la catégorisation sont des opérations innocentes et transparentes, et que la sémantique n'est qu'une opération superficielle d'habillage des contenus...