14 août 2017

La correspondance Chardonne-Morand

Continuant mes lectures précédentes, je me suis plongé dans l'énorme correspondance échangée par Morand et Chardonne à partir de 1949. Le premier tome s'arrête à 1960. Nos deux compères vychissois pas du tout repentis - même s'ils évoquent très peu directement la période de la collaboration et enveloppent savamment leurs activités d'alors dans de  hautes généralités - racontent leurs petites aventures personnelles, mais font surtout un tableau saisissant de la vie et des moeurs littéraires de l'après guerre, avec l'arrivée de Sagan, tantôt éreintée, tantôt ménagée, Bernard Franck, Jacques Laurent (qui écrit si platement, mais heureusement, il défend nos idées ...), bien d'autres, dont Nimier, encore jeune, qui a droit parfois lui aussi à son coup de griffe, même s'il est souvent défendu.  L'Express est l'abomination de l'abomination, mais on condescend à y donner un entretien. Le journal Rivarol est cité copieusement, ainsi que la revue Arts. Chardonne est souvent flagorneur, Morand plus intéressant, il donne à voir les détails. Voici un fragment de la lettre à Céline, recopiée en PS pour Chardonne :  « Je suis loin de partager vos idées sur Sigmaringen et autres, mais vous me répondriez : “Du haut de votre Sirius helvétique cela se voyait autrement ; comme vous me diriez, en juin 44, vous autres diplomates, vous faites toujours votre plein d’essence à temps, vous en souvient-il ?” Il faudra en reparler. J’ai mille questions, sans réponse jusqu’à présent, à vous poser. Sachez que je ne vous ai pas négligé. Ici, aux heures noires, vous faisiez partie de notre légende ; très près de vous, même pendant l’épreuve danoise ». Instructif.